Les scaphandriers de nos jours

Description

Le scaphandrier est un plongeur professionnel actif dans des domaines spécifiques en milieu hyperbare (pression supérieure à celle de l'atmosphère): lacs, cours d'eau, pleine mer, puits de captage des eaux, centrales hydro-électriques, barrages, stations d'épuration, ports commerciaux, écluses, etc. Ils pratiquent leurs activités dans les domaines du bâtiment, de l'industrie, du génie civil ou des travaux publics et effectuent des tâches de construction, de réparation, d'entretien, de renflouage, etc. Ils peuvent également participer à des travaux subaquatiques dans le cadre de recherches scientifiques et de fouilles archéologiques.

Les plongeurs professionnels ou commerciaux (scaphandriers) sont avant tout des techniciens à qui l'on confie des tâches à exécuter avec les plus grands soucis d'efficacité et de rentabilité au sein d'un milieu hostile. La plongée n'est plus à ce niveau une finalité, mais un ensemble de techniques qui ont pour seul but la réalisation de l'objectif établi. Pour réaliser ces objectifs avec le maximum de sécurité, tous les paramètres de plongée sont calculés au préalable* et contrôlés durant la plongée par une régie en surface.

*Bien en amont et pour la sécurité, il y a l'établissement des procédures de plongée qui vont tenir compte du travail à effectuer, de la profondeur du chantier, de l'environnement, etc. Il va y avoir une phase importante qui est l'identification des risques et leur estimation pour chaque intervention. En anglais HIRA : Hazard Identification and Risk Assessment. Une fois les risques identifiés et évalués, ils vont être étudiés pour être réduits et acceptables.

Avant le début des opérations et avec tous les personnels concernés il va être tenu une réunion pour l'analyse de sécurité du travail (JSA : Job Safety Analysis). Tous les nouveaux risques qui pourraient être révélés devront être pris en compte par les entités responsables et traités. En effet, les Procédures de plongée sont établies dans les bureaux bien avant le début des travaux. Une fois sur place, les choses peuvent, et sont souvent différentes.

Avant chaque plongée il y a aussi une évaluation des risques particuliers à la situation, par exemple sur un navire, une aspiration d'eau de mer, est-elle en marche ou non ? Peut-elle se mettre en marche sans avertissement ? Une évaluation du courant, sa direction est aussi à prendre en compte, les travaux alentours, donc avant chaque plongée une petite réunion est organisée, une « Tool Box Meeting » ! Un exemple : A plus d’un mille nautique du lieu de plongée le chantier d’une autre compagnie qui est du battage de pile peut interdire la plongée à cause de sa résonance subaquatique ! Et puis surtout, très important, avant chaque plongée un "Permit To Work" (permis de travail) doit être établi. Le superviseur de plongée se devra de tenir compte de tous ces enseignements pour établir son plan de travail, utiliser la procédure de plongée conseillée en y ajoutant toutes les précautions supplémentaires inhérentes à chaque plongée.

IMPORTANT : La plupart des pétroliers s'appuient sur des règles de sécurité qui leurs sont propres. Cependant tous suivront les recommandations de IMCA (International Marine Contractors Association). Souvent, entre ces conseils et les règles de sécurité du pétrolier, celle qui sera la plus restrictive dans le sens de davantage de sécurité sera choisie.

Le plongeur pouvant rester de longues heures dans une eau très froide, à grande profondeur, l'industrie a développé au cours de ces trois dernières décennies des produits et techniques capables d'augmenter le confort et la sécurité; notamment des équipements avec la communication radio et surveillance vidéo, des tourelles de plongée, des systèmes de plongée, des vêtements avec circulation d'eau chaude*.

*Les vêtements avec circulation d'eau chaude ne sont pas étanches, l'eau chaude est en circuit "ouvert". Il s'agit de l'eau de mer qui est réchauffée en surface, elle est envoyée au plongeur, elle remplit le vêtement du plongeur et s'échappe dans la mer en circuit "ouvert" et en continu.

L'intervention des scaphandriers a rarement lieu dans les eaux limpides, mais plutôt dans les eaux glauques des ports, des rivières, des lacs, des barrages, des galeries inondées. Pire, dans des citernes chargées d'hydrocarbures, des égouts, des stations d'épuration ou des puits inondés de bentonite (boue de forage). Ou même des interventions dans les cuves des centrales nucléaires.

Il existe deux grandes catégories de scaphandriers, les TP (Travaux Publics) et les "Offshore".  Les scaphandriers se déclinent en types et en classes :

Nature des activités hyperbares (mentions) :

  • Mention A : Activités de scaphandrier (opérateur en travaux subaquatiques)
  • Mention B : Autres activités subaquatiques (plongeur de bord, plongée scientifique, aquaculture, prises de vues…)
  • Mention C : Activités d'hyperbariste médical (médecin, infirmier, opérateur de caisson, technicien de caisson)
  • Mention D : Autres activités d'hyperbariste non classées dans les classes A,B C (tubistes-tunneliers)

Niveaux d'accès hyperbare (classes) :

  • Classe I : < 30 mètres air 
  • Classe II : < 50 mètres air 
  • Classe III : > 50 mètres mélanges gazeux

Les SCAPHANDRIERS "TP" (TRAVAUX PUBLICS)

Principales activités

Construction

  • inspecter les ouvrages d'art à réparer et à entretenir;
  • découper, souder, construire et assembler des structures métalliques;
  • préparer des coffrages pour la pose de structures, injecter du béton;
  • poser des conduites et des câbles sous-marins;
  • assurer l'étanchéité des constructions;
  • rénover des quais, des piles de ponts, des dalles de fondation, etc.;

Réparation et entretien

  • déblayer les fonds lacustres ou portuaires à l'aide de lances à eau ou de suceuses à air;
  • nettoyer et réparer des coques de navires, changer des hélices de bateaux, poser des amarrages;
  • nettoyer des structures métalliques à l'aide de jets à très haute pression;
  • entretenir des canalisations, des écluses, des bassins industriels, etc.
  • effectuer des travaux d'entretien dans des stations d'épuration, des fermes piscicoles, etc.;

Renflouage

  • rechercher et localiser des épaves ou des objets engloutis;
  • ramener les objets à la surface (renflouer) en utilisant des grues, des treuils, des câbles ou des flotteurs;
  • découper au chalumeau les pièces métalliques trop volumineuses (coques de navires, etc.) lorsqu'elles ne peuvent pas être ramenées en un bloc à la surface;

Recherche scientifique et prises de vues sous-marines

  • effectuer des carottages de sédiments, prélever divers échantillons, prendre des mesures;
  • participer à des campagnes de fouilles archéologiques subaquatiques;
  • participer à des tournages de films sous-marins;
  • réaliser des prises de vues photographiques ou vidéo.

Environnement de travail

Les scaphandriers pratiquent des travaux spéciaux, parfois périlleux. Ils travaillent généralement seuls sous l'eau mais sont toujours assistés d'une équipe qui gère le bon déroulement de l'intervention depuis la surface. Les tâches sont planifiées en détail par le chef d'équipe pour pallier les difficultés rencontrées sous l'eau. Le temps de plongée est limité à 3 heures (paliers compris), avec deux plongées maximum par tranche de 24 heures. Les scaphandriers qui participent à des chantiers sur l'ensemble du globe doivent donc compter avec de nombreux déplacements et des absences de longue durée.

Exemples d'activités TP

Travail  de découpe
Travail de montage
Travail d'entretien

 Les SCAPHANDRIERS "Offshore"

Les plongeurs "Offshore" sont basés en mer sur des plateformes pétrolières, des navires ou des bateaux dédiés (Diving Support Vessel) et aussi sur des barges d’intervention qui ont la possibilité de porter des grues de levage de grande capacité.

Les plongeurs Offshore sont en général tous des Classe III même si le Certificat Classe II A est reconnu par IMCA ; Des Classe II ont été utilisés en Afrique occidentale francophone, sur des chantiers de faible profondeur, néanmoins les "pétroliers" comme Total, Exxon, Amoco, etc. ne demandent en général que des Classe III, partant du principe que "qui peut le plus peut le moins", et qu'ils mettront l'accent sur des plongeurs expérimentés qui seront logiquement des Classe III. D'ailleurs le Certificat d'aptitude à l'hyperbarie Classe III se nomme : Certificat de scaphandrier professionnel Classe 3 (Pétrole Plongée Profonde).

Une autre raison d'importance est la concurrence ! En effet, il existe actuellement de plus en plus de plongeurs de niveau Classe III sur le marché, et qui de surcroît sont des plongeurs très compétents, par exemple les plongeurs d'Afrique du Sud.

En France pour obtenir cette Classe III le plongeur devra passer par la Classe II puis une période assez longue de travail pour prétendre à la Classe III.

Au-delà de ces certificats, si il y avait un conseil à donner aux plongeurs voulant accéder à l'Offshore, ce serait de parler l'anglais. Un anglais courant est un avantage certain pour travailler de par le monde. 

Dans la plongée Offshore il existe trois méthodes de plongée:

  • La plongée en Narghilé (Surface-supplied diving, Surface-demand, Scuba Replacement ou Mobile-Portable Surface Supplied System). Il s'agit d'un Narghilé (ou ombilical) qui amène au plongeur le gaz respirable, les communications, éventuellement l'eau chaude, et qui au palier pourra amener l'oxygène. Il est muni d'un petit tuyau (polypenco) qui va donner à la surface la profondeur où se trouve le plongeur. La profondeur maximum d'utilisation est de -50 m mais le plus souvent elle est limité à -30 m pour des raisons de sécurité. Au-delà de -30 m elle est considérée comme exceptionnelle et elle devra faire l'objet d'une soigneuse évaluation des risques.
  • La plongée en Bulle (Wet Bell) c'est le système du verre renversé que l'on plonge dans l'eau.
  •  La plongée en tourelle de plongée (Closed Bell). Soit elle est unitaire, c'est à dire pour une seule plongée déterminée, soit utilisée dans le cadre d'un ensemble de saturation. Elle peut aussi être utilisée pour des plongées en pression atmosphérique, pour une observation par les hublots. 
A l'intérieur d'une tourelle de plongée, source : Norwegian School of Commercial Diving (NYD

Nb : La plongée SCUBA (Self-Contained Underwater Breathing Apparatus) ou "en bouteille" est interdite. (voir IMCAD033 et IMCAD014)

Les ingénieurs interviennent à l'établissement des procédures de plongée.  "les ATS (Assistants Techniques de Saturation)" ne sont en fait que les "Caissons Master" qui contrôlent les paramètres de plongée en saturation ou lors de plongées unitaires, ils s'occupent également de la décompression des plongeurs. Cependant ils sont extrêmement importants car en saturation par exemple, ils sont le seul lien constant entre des plongeurs comprimés dans un caisson à la profondeur du chantier, ce sont les Caisson-master qui passent les repas, passent le courrier, purgent les toilettes, baissent ou montent la température dans le caisson, etc. Ne pas oublier la présence obligatoire d'un "Dive-Medic" qui est un plongeur formé capable de traiter efficacement un éventuel accident de décompression. 

TECHNIQUES : La plongée par système

Animation pour comprendre la plongée à système

La méthode de plongée par système classique se compose :

  • D’un support de surface : bateau, plate-forme…
  • D’installations hyperbares : caissons, réserves de gaz…
  • De dispositifs de mise à l’eau : portiques, treuils…
  • D’un ou de plusieurs moyens de pénétration pour amener le plongeur à sa profondeur de travail : tourelle, sous-marins spéciaux…

TECHNIQUES : La plongée en saturation

Explications de la plongée à saturation à l'INPP à Marseille

La plongée en saturation est une technique de plongée qui permet à des plongeurs de travailler à des grandes profondeurs pendant de longues périodes.

La saturation se rapporte au fait que les "tissus longs et rapides" du corps du plongeur sont saturés par l'azote, si de l'air est utilisé, ou de l'hélium si c'est de l'héliox (hélium/oxygène). Pour illustrer la chose nous pourrions dire que les plongeurs qui passeraient 2 heures à -100 m auraient le même temps de décompression que s'ils y passaient 2 ans ! Sauf que je doute beaucoup qu'ils sortent de 2 ans de plongée en bonne santé !

L'avantage primordial de la plongée en saturation est qu'il ne va y avoir qu'une seule décompression pour des dizaines de plongées, donc moins de risque d'accident de décompression. En plus il y a une décompression linéaire surveillée centimètre par centimètre par des Caisson-Master, et au moindre problème tout sera là pour le traiter, avec un Dive-Medic habilité à rentrer en caisson pour intervenir médicalement.

Les plongeurs peuvent travailler des jours, voire des semaines en étant constamment sous pression entre le fond et la surface. Ils vivent dans des caissons sur le pont qui sont à la même pression que la pression du lieu de travail sur le fond. En général il y a trois caissons avec dans chacun une équipe de 3 plongeurs. Si le lieu de travail est à -90 m les caissons seront à 9 bar. Pour travailler ils seront amenés au fond par la tourelle de plongée, une sorte d'ascenseur. Après 6 à 8 heure de travail au fond, ils remontent en surface et une autre équipe les remplace. Une fois les travaux terminés, le processus de décompression peut commencer. La durée de la décompression est d’approximativement de 1 jour par 40 mètres de fond.

Pour info : en saturation, il y a un "niveau vie" : dans les caissons sur le pont, et un "niveau travail" : sur le fond. En général, sur un chantier d'une centaine de mètres, il y a un différence de dix mètres, cela juste pour des questions d'économie de gaz !

Cette technique permet une plus grande productivité et une meilleure sécurité mais nécessite des moyens techniques et financiers importants, que seules les grandes compagnies peuvent s'offrir.

Le DSV Skandi Artic est actuellement ce qui se fait de mieux dans le domaine de la plongée à saturation Offshore.

TECHNIQUES : Les scaphandres rigides

Le scaphandre rigide ou A.D.S. (Atmospheric Diving Suit) est en fait un petit submersible la plus part du temps anthropomorphe. A l’intérieur, le "pilote" évolue à une pression identique à celle de la surface. Il ne subit donc pas les effets de la profondeur, n’a pas besoin d’utiliser des mélanges gazeux spéciaux pour respirer et peut faire des incursions à plusieurs centaines de mètres de profondeur sans avoir à effectuer d’interminables procédures de décompression lors de la remontée. 

Il faut remarquer que l’on emploie le terme "pilote" ou "opérateur" pour la conduite de l’engin au lieu de "plongeur". Dans la pratique, les scaphandres rigides sont tout de même confiés à des scaphandriers avertis qui connaissent le milieu marin et qui sont psychologiquement assez forts pour s’enfermer dans une "boite de conserve" par grands fonds.

Il aura fallut attendre les années 1970 pour avoir des joints qui permettent d’avoir une certaine "aisance" dans les mouvements.

Actuellement, l'A.D.S. le plus utilisé est le NEWTSUIT de Nuytco.

Avec des joints hydrauliques révolutionnaires à base de bain d’huile, en équipression avec le avec le milieu ambiant, les mouvements sont fluides et aisés.

Le prix unitaire est d’environ 190'000 francs et seulement 24 unités ont été fabriquées, permettant selon les modèles, d’atteindre la profondeur de 600 mètres.

La respiration au moyen d’un recycleur permet une autonomie de 8 heures. Un système de secours permet d’assurer une survie de 48 heures en cas de problème.

Le scaphandre est relié avec la surface par un "cordon ombilical" pour l’énergie électrique (moteurs, lumière), les liaisons radio et vidéo. En cas de problème, ce lien peut être supprimé pour retrouver une autonomie complète.

D’un poids de 300 kg en surface, celui-ci n’est plus que de 1 ou 2 kg en immersion, la possibilité de larguer une ceinture de lest permet de passer en flottabilité positive et de remonter à la surface. 

Le NEWTSUIT est utilisé dans les plongées "Off-shore" mais également par quelques Marines militaires pour des interventions sur des sous-marins en difficultés. 

Le grand avantage réside dans le fait que l’ensemble peut être facilement héliporté, permettant une intervention rapide sur l’endroit d’un naufrage d’un sous-marin, pour clamper des tuyaux d’admission d’air frais et évacuation de l’air vicié, dans l’attente de l'envoi de matériel plus conséquent pour le sauvetage.

La nouvelle génération d'A.D.S. en cours de développement est l'EXOSUIT de Nuytco. Retour vers le futur ?

Si le coût de revient d’une intervention avec un scaphandre rigide fût longtemps un argument commercial face aux plongées à saturation (40 fois moins cher !). Ils sont aujourd’hui largement détrônés par les robots télécommandés qui peuvent travailler sans limite de temps à des milliers de mètres de profondeur.

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